
En Suisse, les villages sont gouvernés par le peuple grâce à deux entités qui conversent selon une organisation séculaire : le Conseil communal (organe législatif) d’un côté, composé actuellement de 45 membres ; et la Municipalité (organe exécutif) de l’autre, regroupant cinq élus, dont un-e syndic-que, et chargée de gérer les affaires communales, avec l’aide d’une administration. Entre les deux, pourrait-on dire, se trouve le président du Conseil communal. C’est lui qui est chargé d’assurer la bonne tenue des débats ; lui, ou elle, à qui revient la tâche d’arbitrer les échanges pour le bon fonctionnement général.
Au mois de juin dernier, lors de la séance du Conseil communal, François Vautier a revêtu pour la dernière fois les habits de premier citoyen du village (titre honorifique dévolu au président), après plus de 6 années en poste. Il cède sa place à Olivier Montaguti, élu par le Conseil communal. Conversation.
François Vautier, pourquoi avoir choisi de quitter une fonction que vous semblez avoir beaucoup aimée ?
François Vautier (FV) Tout simplement car je pense qu’il ne faut pas faire l’année de trop. C’est en fait un savant équilibre à trouver : en faire assez pour la stabilité de l’institution et partir à temps pour ne pas lasser. Après plus de six années, je pense viser juste. Et surtout, il est très important, selon moi, que le successeur prenne ses marques une année avant le changement de législature. Par contre, je reste membre du Conseil communal.
Olivier Montaguti, vous attendiez- vous à prendre le relai ?
Olivier Montaguti (OM) Disons que, dès le moment où l’on entre au Bureau du Conseil communal et que, petit-à-petit, on s’implique de plus en plus, jusqu’à devenir vice-président, on s’attend à accéder un jour à cette fonction, quand bien même il faut être plébiscité par le Conseil communal. Quand François Vautier m’a annoncé son intention de se retirer, et même si j’avais imaginé cela se produire plutôt dans deux ans, il n’y avait aucune raison pour que je ne me présente pas à sa succession et n’assume pas mes responsabilités.
Quel serait le Conseil idéal selon vous ?
FV L’idéal serait une assemblée qui représente fidèlement la population du village, avec des âges et des profils socio-économiques variés, des origines multiples, des gens des deux sexes équitablement représentés et, si possible, des personnes de chaque quartier car, finalement, les conseillers communaux sont les représentants du peuple et doivent faire remonter les préoccupations de chacun et chacune. Mais, bien sûr, ce n’est pas au président de l’imposer, mais bien au peuple de choisir ses représentants tous les cinq ans.
OM Je rajouterais que les étrangers qui habitent la commune, sous certaines conditions*, peuvent se faire élire au Conseil communal du village. Ils sont donc les bienvenus et leurs sensibilités ne peuvent que bonifier les débats.
Quel rôle doit avoir un président vis-à-vis de la Municipalité ?
FV Le président est élu par le Conseil communal et est totalement indépendant de la Municipalité. Cependant, j’ai veillé à instaurer un climat propice à la discussion avec la Municipalité actuelle, pour être sûr que nous tirions tous dans la même direction. Je me suis également permis, parfois, de les alerter sur certaines questions que le Conseil communal pourrait leur poser. Mais il est aussi du rôle du président de faire que chacun reste bien à sa place et respecte ses prérogatives : la Municipalité présente ses intentions au Conseil communal et ce dernier vérifie puis valide, ou refuse, l’action projetée de la Municipalité.
OM L’une des choses les plus importantes est de veiller à ce que chacun ait le même degré d’information. Il est un fait que la Municipalité travaille presque au quotidien sur ses dossiers, aidée en cela par l’administration communale, tandis que les membres du Conseil communal ne se réunissent que quatre fois par année, plus quelques séances de commission. Il est donc crucial que la Municipalité soit comprise par le Conseil et pour cela qu’elle accepte d’expliquer des choses qui peuvent lui paraître élémentaires. En conséquence, il est aussi important de laisser les membres du Conseil interroger ceux de la Municipalité.
Même si la discussion s’éternise ?
OM Absolument, tant qu’on ne tombe pas dans la répétition abusive.
FV Il en va là de la patte personnelle de chaque président. A titre personnel, j’ai toujours essayé de laisser la parole circuler, même si les séances devaient se rallonger.
Comment qualifier ces cinq dernières années de débats au Conseil communal ?
OM On a eu des débats sans complaisance, mais avec respect. Ce fut, il faut l’avouer, bien plus animé que les années précédentes.
FV Ceci s’explique par le fait qu’une poignée de nouvelles personnes a rejoint l’assemblée, ou simplement s’est sentie plus libre de s’exprimer, avec l’expérience acquise.
OM Ce sont des gens qui, à cause peut-être d’un manque de connaissance de l’histoire du village, s’interrogent sur des choses qui peuvent paraître basiques pour certains plus anciens. Le fait de questionner est un droit et, finalement, demander systématiquement des explications permet de mieux saisir les problématiques et de décider en connaissance de cause.
FV Il faut aussi dire que, en début de législature, nous avons rappelé aux membres du Conseil leurs droits, à savoir d’user d’outils démocratiques que sont les postulats, les motions ou les amendements. Et dans les faits, plusieurs projets réalisés par la Municipalité sont issus d’impulsions des membres du Conseil. C’est encourageant.
Au mois de juin dernier, le Conseil communal a choisi de réduire le nombre de membres de 45 à 40. Pourquoi ce choix ?
FV Car beaucoup de conseillers quittent l’assemblée en cours de mandat et que, en comparant les moyennes cantonales, nous nous sommes rendu compte que nous étions relativement nombreux pour un village de 1400 habitants. Cependant, nous avons augmenté le nombre de suppléants de 12 à 15. L’assemblée l’a voulu ainsi.
Sauf erreur, vous avez-dû vous prononcer personnellement…
FV C’est vrai. Lors de ce débat, plus précisément sur un amendement, alors que le score était parfaitement égal entre le oui et le non, j’ai dû faire pencher la balance. Dans ce cas précis en faveur d’une réduction des effectifs de l’assemblée.
Un président vote-t-il ?
FV Seulement si le vote à bulletin secret est demandé ou en cas d’égalité lors du vote à main levée.
Pourquoi les gens démissionnent-ils du Conseil ?
OM Car il s’agit de la vie au XXIe siècle. Plus personne, à priori, naît, vit et meurt dans la même commune. Les gens, pour des raisons professionnelles ou familiales, sont amenés à déménager plusieurs fois dans leur vie. Or comme il faut être résident du village pour siéger, ceux qui quittent le village perdent de facto leur mandat.
Comment encourager la population à participer à l’élection de mars 2026 pour accéder au Conseil communal ?
OM Il faut expliquer que la meilleure manière de s’intégrer, outre participer à la vie locale, c’est d’entrer au Conseil communal. Si l’on est curieux et qu’on veut apprendre les mécanismes de la gestion de son village, et surtout proposer des projets de développement quels qu’ils soient, siéger au Conseil communal devient passionnant. Qui plus est, le temps à investir est parfaitement supportable.
FV Absolument ! C’est un grand avantage de notre démocratie : nous pouvons donner notre avis. Il faut aussi que les gens cessent de penser que tout est joué d’avance, ce qui est bien sûr faux, et que ce sont toujours les mêmes qui prennent la parole. Non, la parole peut être prise, et doit être prise, par tout le monde. Il y a un autre avantage inhérent à la taille de notre village : les partis politiques traditionnels ne sont pas représentés au Conseil communal. Dès lors, chacun et chacune peut sans doute se sentir plus libre d’exprimer ses opinions.
*Selon l’article 3 de la Loi sur l’exercice des droits politiques (LEDP), ont droit de se faire élire au niveau communal les personnes étrangères, hommes et femmes, âgées de dix-huit ans révolus, domiciliées dans la commune, qui résident en Suisse au bénéfice d’une autorisation depuis dix ans au moins et sont domiciliées dans le canton depuis trois ans au moins.
Rendez-vous le mardi 28 octobre à 19h
A quelques mois des élections communales, Les Autorités de Trélex convient la population à une séance d’information sur la gestion politique du village. L’événement se tiendra à la salle polyvalente dès 19h.