Rico et Jacqueline Ravenel, des bergers pas comme les autres

Rico et Jacqueline Ravenel, des bergers pas comme les autres

A 86 ans, Eric Ravenel continue de grimper chaque été à la Trélasse, avec son épouse. Un petit coin de paradis, certes, mais qui implique une bonne condition physique. 

Une force de la nature, au bas mot. Oui, Eric «Rico» Ravenel, du haut de ses 86 ans, passe encore ses étés à la Trélasse, chalet bâti sur des parcelles appartenant à la commune de Trélex. Là, les vaches montent en estivage de mai à septembre, et de novembre à mars, c’est le restaurant de Pierre-André Scheidegger qui prend le relai. «Un petit coin de paradis», décrit d’emblée Jacqueline, l’épouse de Rico Ravenel, qui accompagne son époux depuis leur mariage, il y a 15 ans. 

Rico Ravenel avait 16 ans quand, avec son cousin Jean, il a passé son premier été à la Trélasse comme berger, pour soulager son père, qui restait à Trélex pour s’occuper du domaine. «A cette époque, bien sûr, il n’y avait pas d’électricité ici, et nous gardions des vaches laitières qu’il fallait traire tous les jours. C’était dur, mais j’étais jeune», se souvient Rico. Puis il y a eu la maladie de Bang, qui a impliqué l’abattage de l’ensemble du troupeau en 1962. Une tragédie. Après quoi les rôles se sont inversés: le père de Rico Ravenel gardait lui-même son troupeau l’été pendant que son fils s’occupait du domaine trélésien. Cela a duré plus de vingt ans. Enfin, depuis 1998, Rico a retrouvé son chalet d’alpage, tandis que son fils Marc s’occupe du domaine. Une affaire familiale bien rodée. 

Inspection des troupes

Depuis 2008, pourtant, les vaches laitières ont laissé la place aux allaitantes. «C’est aussi pour cela que je peux encore les garder à mon âge. Il n’y a plus besoin de les traire», poursuit Rico Ravenel. Les journées sont ainsi agréablement rythmées par diverses tâches: d’abord, dès 7h, aller chercher le pain invendu chez le boulanger pour le mélanger à des sels minéraux, ce qui fera un excellent petit-déjeuner pour les 85 têtes de bétail. Les vaches et leurs veaux ne manquent d’ailleurs jamais de rappliquer au chalet en voyant revenir Rico du village. «Cela me permet de faire une inspection des troupes, de constater qu’elles sont toutes présentes et qu’aucune n’est blessée.» Ensuite, il faut aller nettoyer les pâturages des branches de bois laissées par des orages ou des promeneurs, pour éviter que les vaches ne se blessent. «C’est aussi avec cela que l’on se chauffe», explique le berger. 

Et le loup, l’a-t-il vu récemment? «Il y a deux ans, il a dévoré trois de nos bêtes, oui. L’an dernier, un veau a disparu. On ne l’a jamais retrouvé. Et cette année, le lynx en a tué un.» A la Trélasse, il ne manque donc jamais de travail, qui plus est sous des chaleurs rarement constatées. «On a beau avoir 7 degrés de moins qu’au bord du lac, il n’empêche, il a fait très chaud.» Rico Ravenel compare: «2003 et 2022 ont aussi été caniculaires, mais c’était moins sec que cette année.» Heureusement, le chalet bénéficie d’un grand réservoir d’eau, qui se remplit durant les pluies. De quoi pouvoir passer l’été en parfaite autonomie. Dans ce paradis, pas question donc d’imaginer la fin des estivages. «Je pourrais rester ici toute ma vie», confesse Jacqueline, qui ne manque jamais une occasion de se lever tôt pour sa promenade quotidienne. Rico enchaîne: «Chaque été, ici, on se refait la santé!»

Reste une question: pourquoi le surnom de Rico? «C’est mon professeur à l’école primaire qui m’en a affublé. Il en donnait à tout le monde. Et comme je portais le même prénom que mon père, cela nous distinguait. Depuis, tout le monde m’appelle Rico.»

En savoir plus : L’émission Passe-moi les jumelles, de la RTS, a consacré un reportage à Eric Ravenel en 2019.